Décrire et analyser les régions et territoires

Fort de ses implantations régionales, l’Insee développe une connaissance fine des différents territoires français.

Chaque année, les directions régionales de l’Insee produisent un grand nombre d’études, souvent en partenariat avec les acteurs publics locaux.

À l’instar des publications nationales, ces études exploitent les données statistiques que les directions régionales contribuent à produire, à partir de l’enquête de recensement, des enquêtes auprès d’entreprises ou via des répertoires comme Sirene. En 2019, la palette de sujets a été large : déplacements travail-domicile, commerces de proximité dans les centres-villes, comparaisons entre les DOM et la métropole en matière d’emploi et de chômage, mais aussi d’accès au numérique et aux usages de l’Internet…

En plus d’apporter conseil et expertise aux acteurs régionaux, l’Insee et ses directions régionales ont contribué cette année à la réflexion engagée par le ministère de la Justice sur la future organisation territoriale des juridictions. Cette contribution de l’Insee est un exemple de collaboration permettant aux décideurs publics de fonder leurs choix sur les données disponibles les plus pertinentes.

Des commerces de proximité moins dynamiques dans les centres-villes

En 2019, l’Insee apporte des éléments chiffrés sur la dynamique commerciale des centres-villes, un sujet régulièrement évoqué dans le débat public. La plus-value de ces travaux consiste à établir une définition statistique des pôles commerçants de centre-ville, offrant ainsi un cadre comparable sur l’ensemble du territoire métropolitain. Cette définition s’appuie sur des sources finement géolocalisées qui améliorent sensiblement la connaissance des territoires.

Ainsi, l’Insee documente la perte de dynamisme des commerces des centres-villes des villes de taille intermédiaire entre 2009 et 2015. L’offre en centre-ville y est principalement structurée autour de l’équipement de la personne (habillement, chaussures, pharmacies, etc.), des restaurants et débits de boissons, des commerces alimentaires et des agences bancaires et immobilières. La composition du commerce dépend également de la taille du centre-ville : les plus grands d’entre eux sont plus axés sur la restauration et les débits de boissons et l’équipement de la personne.

Entre 2009 et 2015, le nombre de salariés du commerce de proximité de centre-ville a diminué dans huit villes de taille intermédiaire (VTI) sur dix. Les VTI attractives en matière de démographie, d’emploi ou de tourisme sont celles où les centres-villes résistent le mieux. Toutefois, quand on considère les villes dans leur ensemble, le commerce de proximité se porte mieux que lorsqu’on se restreint à leurs centres : dans la moitié des VTI le nombre de salariés du commerce de proximité augmente

Malgré des disparités régionales, ces constats sont partagés sur l’ensemble du territoire métropolitain. En complément de ce travail, plusieurs publications régionales contextualisent l’analyse au regard des spécificités locales.

L’Insee étendra ces études à l’ensemble des pôles commerçants (y compris ceux de périphérie), de manière à objectiver la périurbanisation qui semble être à l’œuvre depuis quelques décennies.

Les statistiques de l’Insee au service de la réorganisation territoriale des juridictions

Fin mai 2019, l’Insee accepte de contribuer à la réflexion engagée par le ministère de la Justice sur la future organisation territoriale des juridictions. Plusieurs données cartographiques sont ainsi mises à la disposition des chefs de cour par l’inspection générale de la justice pour les guider dans la réorganisation des juridictions de leur ressort.

En effet, la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice consacre une transformation importante de l’organisation judiciaire. En particulier, fusionnent le 1er janvier 2020 les tribunaux de grande instance (TGI) et les tribunaux d’instance (TI). Ils sont remplacés par des tribunaux judiciaires et des chambres de proximité de ces derniers, dénommées tribunaux de proximité.

La contribution de l’Insee à la réflexion engagée par le ministère de la Justice sur la future organisation territoriale de la justice est un exemple de collaboration permettant aux décideurs publics de fonder leurs choix sur les données disponibles les plus pertinentes.

« La collaboration nouée avec l’Insee a permis de décliner les diagnostics au niveau de chacun des ressorts judiciaires. […] Au-delà des données démographiques et socio-économiques rendues ainsi disponibles, la capacité de l’Insee à mettre en relief les conditions de déplacement des populations dans ces ressorts a été particulièrement précieuse pour les chefs de cour qui s’en sont emparés lorsqu’elles mettaient en évidence un besoin de plus grande proximité dans le traitement des contentieux. »

Jean-Michel ETCHEVERRY
Inspecteur général de la justice, responsable de mission (ministère de la Justice)

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Emploi et chômage dans les DOM : l’écart avec la métropole reste stable et marqué

En juin 2019, l’Insee a publié une analyse du marché du travail dans les DOM, en mettant en perspective les indicateurs ultramarins sur le chômage et l’emploi avec ceux de la métropole. L’écart avec la France métropolitaine reste stable et marqué.

Quelques résultats à retenir : entre 2014 et 2018, le taux de chômage a baissé dans les quatre DOM historiques et le taux d’emploi a peu varié. Sur la même période, en Guyane, le halo autour du chômage, déjà élevé, a sensiblement augmenté. Mayotte se distingue nettement des autres DOM avec une situation qui s’est dégradée en quatre ans du fait notamment de la forte croissance démographique qui engendre de nombreux candidats sur le marché du travail. Le taux de chômage y atteint 35 % en 2018.

En 2017, les cinq DOM font partie des 10 % des régions européennes les plus touchées par le chômage : le taux de chômage y est supérieur à 17 %, contre 7,6 % en moyenne dans l’Union européenne. Pour cet indicateur, les DOM sont proches des régions grecques, du sud de l’Espagne et de quelques régions du sud de l’Italie.

Par ailleurs, pour les élections européennes en 2019, un zoom spécifique a été proposé pour com-parer la situation des DOM avec l’ensemble des régions européennes en matière d’emploi et de chômage.

Les emplois se concentrent très progressivement sur le territoire, les déplacements domicile-travail augmentent

L’économie géographique s’intéresse à la façon dont l’emploi se concentre dans certains territoires et à l’augmentation consécutive des déplacements domicile travail. Les analyses de cette concentration des emplois et des déplacements liés servent les politiques publiques d’aménagement du territoire.

Le recensement de la population constitue en France la source principale qui permet d’étudier à une échelle géographique fine le dynamisme local de l’emploi. À l’échelle des intercommunalités (métropoles, communautés d’agglomération, communautés de communes), la concentration des emplois se poursuit très progressivement entre 2006 et 2016. Cette concentration est principalement due à une augmentation du nombre d’emplois plus rapide dans neuf grandes métropoles qu’au niveau national : Paris, Toulouse, Lyon, Nantes, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Rennes et Lille. En 2016, ces neuf métropoles hébergent 29 % des emplois, contre 27 % en 2006. Se trouver à proximité de ces métropoles dynamiques favorise la croissance de la population et de l’emploi dans les intercommunalités voisines.

Le nombre de déplacements domicile-travail a nettement progressé sous l’effet de cette concentration de l’emploi : + 1,2 % par an entre 2006 et 2016. Cette progression est plus marquée dans les communautés de communes situées sur la façade atlantique, le long du couloir rhodanien, de la frontière suisse, dans la région toulousaine et sur le littoral languedocien. En 2016, 9 millions d’actifs, soit un sur trois, quittent quotidiennement de leur intercommunalité de résidence pour aller travailler.

Accès au numérique et usages de l’Internet : de nouvelles études comparatives entre les DOM et la métropole

L’enquête auprès de la population sur les usages des technologies de l’information a bénéficié d’une extension d’échantillon en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion grâce au soutien financier de la direction générale des outre-mer (DGom). Objectif : fournir de nouvelles études comparatives entre les DOM et la métropole sur les nouvelles technologies de l’information et l’accès au numérique.

Ainsi, l’Insee a réalisé plusieurs études publiées simultanément, pour chaque territoire et pour l’ensemble des quatre DOM (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion). Ces travaux mettent en évidence que plus de la moitié des résidents dans les DOM se connectent à Internet presque quotidiennement. La fréquence d’utilisation d’Internet diminue fortement dès 45 ans, et s’avère particulièrement faible pour les personnes peu ou pas diplômées. Une personne sur deux déclare des compétences numériques faibles ou basiques, un niveau proche de la France métropolitaine.

Le bassin parisien, un vaste espace qui dépasse la région francilienne

La connaissance du bassin parisien et des différents territoires qui le composent n’intéresse pas que des décideurs régionaux. L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) souhaitait également mieux appréhender ce territoire, à l’échelle duquel peu d’analyses récentes ont été menées. Le bassin parisien concentre en effet beaucoup d’enjeux notamment en matière de coordination des politiques publiques entre sept régions : Île-de-France, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts-de-France, Normandie et Pays de la Loire.

Les directions régionales de l’Insee concernées se sont donc associées pour réaliser une série d’études portant sur le bassin parisien, avec le soutien de l’ANCT et des secrétariats généraux aux affaires régionales (SGAR). Parue en juin 2019, la première d’entre elle offre une vision générale des dynamiques socio-économiques à l’oeuvre au sein du vaste espace autour de Paris et de l’Île-de-France. Elle permet de mesurer l’influence de l’agglomération parisienne sur les dynamiques de développement d’un vaste espace dépassant la région Île-de-France. Ce dernier s’étend sur douze départements, avec une emprise de la capitale plus orientée vers l’ouest et le nord. D’autres études ont également fait l’objet d’une publication au cours de l’année 2019 : elles portent sur l’économie et les flux démographiques du bassin parisien.

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