Étudier le fonctionnement de l’économie française

Étudier le fonctionnement de l’économie, c’est faire parler les chiffres au-delà de la simple description de la situation économique. Producteur des données de la comptabilité nationale, l’Insee met au point des outils et mobilise des méthodes qui permettent de tirer au mieux parti de ces données. Fournisseur essentiel des indicateurs de conjoncture pour la France, qu’il publie chaque mois ou trimestre, l’Insee s’appuie sur son expertise pour suivre et analyser la situation des secteurs économiques et des ménages. Afin d’aider les décideurs publics dans l’orientation de leur politique, l’Insee produit enfin des études d’évaluation sur une grande variété de politiques publiques, des retraites aux réformes fiscales, de l’éducation à l’analyse des territoires.

Témoignage

Didier BLANCHET

Directeur des études et des synthèses économiques

« Nous avons su nous appuyer sur des données nouvelles pour continuer à livrer nos indicateurs majeurs en dépit des contraintes de collecte liées à la pandémie. À travers de nouvelles études, nous avons à la fois documenté les conséquences de la crise et poursuivi notre mission d’analyse du fonctionnement de l’économie française en général. »

course

Les données de caisses : une nouvelle source pour le calcul de l’Indice de prix à la consommation

Pour calculer l’indice des prix à la consommation (IPC), l’Insee relève chaque mois les prix d’un panier fixe de biens et de services dans les commerces ou sur internet. Mais, depuis janvier 2020, une nouvelle source s’est ajoutée : les données de caisses.

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Les prix de 80 millions de produits achetés dans les supermarchés et hypermarchés de France métropolitaine sont désormais inclus dans l’IPC. Ils portent sur les achats de produits alimentaires industriels, d’entretien, d’hygiène et de beauté, représentant environ 10 % du panier mensuel des consommateurs.

Utiliser ces données présente deux avantages majeurs. Comme elles sont exhaustives sur les achats en centres commerciaux, elles apportent une information très détaillée sur les quantités consommées par les consommateurs. Elles permettent aussi de connaître le prix réel pratiqué par les points de vente, en incluant notamment les promotions. Auparavant, les enquêteurs ne pouvaient relever que les prix affichés dans les points de vente et n’y appliquaient que les promotions accordées à tous les clients. Désormais, les promotions personnalisées, par exemple celles accordées aux détenteurs de cartes de fidélité, sont intégrées dans le calcul de l’IPC.

Pour que l’utilisation des données de caisses n’affecte pas la capacité de l’indice des prix à la consommation à rendre compte de l’inflation, des ajustements méthodologiques ont été nécessaires. L’inflation reste une mesure de l’évolution pure des prix, à qualité constante des produits et à structure de la consommation donnée. Ainsi, une hausse de prix qui accompagne une amélioration de la qualité d’un produit est neutralisée. De même, si les ménages modifient leurs habitudes de consommation pour privilégier des produits de meilleure qualité, davantage de produits biologiques par exemple, cela ne sera pas retranscrit comme une augmentation de prix.

L’IPC, en quelques chiffres

* (Depuis janvier 2020, les données de caisses sont utilisées pour calculer l’indice des prix à la consommation)

Quel comportement pour les consommateurs confinés ?

En parallèle des données de caisse utilisées pour calculer l’IPC, l’Insee exploite des données anonymisées de carte bancaire afin d’effectuer une mesure de la dépense de consommation des Français. La chute des achats a été spectaculaire sous l’effet du premier confinement.

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Dès le 9 avril, l’Insee documente la ruée du lundi 16 mars vers les magasins en mesurant une hausse de la dépense par carte bancaire de 40 % par rapport au même lundi en 2019, les achats alimentaires allant jusqu’à tripler. Puis, durant les deux premières semaines de confinement, la consommation d’ensemble, appréhendée par le montant total des transactions effectuées par carte bancaire, chute de 50 %. Au deuxième trimestre, la consommation recule de 17 % par rapport à 2019, bien qu’elle se redresse en avril et progresse fortement en mai. Couplées aux données de caisses, les données de carte bancaire permettent ainsi à l’Insee de retracer finement l’évolution des dépenses de consommation. Les mêmes sources sont utilisées pour rendre compte du comportement des consommateurs lors du second confinement (à partir du 30 octobre). La note de conjoncture du 15 décembre estimait la perte de consommation au quatrième trimestre par rapport à 2019 à -15 %.

Les indépendants : un même statut mais des réalités économiques et sociales disparates

Avec le développement de services comme Uber ou Deliveroo, le statut d’indépendant se place au cœur de nombreux débats sur l’avenir du travail et de la protection sociale. Pour faire le point sur le sujet, l’Insee a publié en 2020 un ouvrage sur les indépendants.

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population hétérogène recouvrant les exploitants agricoles, les commerçants, les artisans ou encore les professionnels libéraux.
En France (hors Mayotte), 3,2 millions de personnes exercent une activité non salariée fin 2017, à titre principal ou en complément d’une activité salariée. 444 000 travaillent dans l’agriculture. Dans les autres secteurs,
les non-salariés représentent 10 % des personnes en emploi, ce chiffre variant du simple au triple entre les Hauts-de-Seine (6 % à peine) et les Hautes Alpes (19 %). Les non-salariés sont en moyenne plus âgés que les salariés.
Ce sont aussi plus souvent des hommes que des femmes ; hors agriculture, les femmes ne sont que 37 %
alors qu’elles comptent pour 49 % des salariés.
Les indépendants sont davantage présents dans les activités où les petites et moyennes entreprises sont nombreuses et où la relation de proximité est privilégiée. Ils ont, de ce fait, des secteurs de prédilection :
le commerce et l’artisanat commercial, la santé et l’action sociale et la construction. 49 % des non-salariés (hors agriculture) y travaillent, alors que ces secteurs ne rassemblent que 36 % des salariés du privé.
En 2017, les non-salariés sont un tiers de plus qu’en 2008. Ce dynamisme s’explique par le succès du statut d’auto-entrepreneur, créé en 2009 et requalifié de micro-entrepreneur en 2014. Fin 2017, un non-salarié sur trois (hors agriculture) est un micro-entrepreneur économiquement actif, soit 928 000 personnes.
Les micro-entrepreneurs sont très présents dans les activités de livraison à domicile, le commerce de détail hors magasin ou dans certains services aux particuliers comme la réparation de biens, l’entretien corporel, les activités de santé non réglementées ou les activités culturelles. Ils ont également majoritaires parmi les chauffeurs de VTC. Trois micro-entrepreneurs sur dix cumulent leur activité non-salariée avec un emploi salarié, contre un non-salarié classique sur dix.

emploi et revenus des indépendants

Les hauts salaires : davantage de directeurs que de traders et de footballeurs

En 2017, 1 % des salariés du secteur privé, soit 163 000 personnes, percevaient plus de 8 680 euros nets par mois en équivalent temps plein, une rémunération correspondant à 7,5 fois le Smic. Huit sur dix sont des hommes. Ce top 1 % ne forme pas un ensemble homogène, tant en termes de professions représentées que de montants effectivement perçus.

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En parallèle des données de caisse utilisées pour calculer l’IPC, l’Insee exploite des données anonymisées de carte bancaire afin d’effectuer une mesure de la dépense de consommation des Français. La chute des achats a été spectaculaire sous l’effet du premier confinement. Dès le 9 avril, l’Insee documente la ruée du lundi 16 mars vers les magasins en mesurant une hausse de la dépense par carte bancaire de 40 % par rapport au même lundi en 2019, les achats alimentaires allant jusqu’à tripler. Puis, durant les deux premières semaines de confinement, la consommation d’ensemble, appréhendée par le montant total des transactions effectuées par carte bancaire, chute de 50 %. Au deuxième trimestre, la consommation recule de 17 % par rapport à 2019, bien qu’elle se redresse en avril et progresse fortement en mai. Couplées aux données de caisses, les données de carte bancaire permettent ainsi à l’Insee de retracer finement l’évolution des dépenses de consommation. Les mêmes sources sont utilisées pour rendre compte du comportement des consommateurs lors du second confinement (à partir du 30 octobre). La note de conjoncture du 15 décembre estimait la perte de consommation au quatrième trimestre par rapport à 2019 à -15 %.

les plus hauts salaires en France

Des pistes pour une comptabilité économique environnementale

Depuis le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi de 2009 sur les indicateurs « au-delà du PIB », les travaux visant à enrichir la mesure de la performance économique se sont multipliés pour prendre en compte les questions de bien-être et de soutenabilité.

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Dans ce dernier domaine, l’Insee a porté plus particulièrement son attention sur la question climatique. Le chantier amorcé en 2018 a abouti à plusieurs publications importantes en 2020. Elles permettent d’apprécier dans quelle mesure les efforts de décarbonation entrepris au niveau national comme mondial peuvent contenir le réchauffement climatique tel que prévu par l’accord de Paris. Ces publications ont aussi pour objet de tenir compte dans les agrégats de comptabilité nationale, comme le produit national ou bien l’épargne nette, de la dégradation du capital naturel, autrement dit l’ensemble des ressources naturelles. Cette dégradation est constituée par les émissions de CO2.

À l’aide d’un modèle macroéconomique simplifié (les économistes disent « stylisé »), il est possible de construire des trajectoires optimales de réduction d’émissions à horizon 2050 et d’estimer les besoins en dépense climat (c’est-à-dire dans les technologies de décarbonation) permettant d’atteindre ces objectifs.

Il s’agit d’un nouveau modèle utilisé à l’Insee, qui a vocation à être enrichi à l’avenir, et dont les résultats sont dans le sillage de ceux de la Commission Quinet de 2019 sur « la valeur de l’action pour le climat ». Le modèle permet aussi de revenir sur la notion de « prix social du carbone ».

Ce prix n’est pas une valeur de marché. Il représente la valeur que la collectivité donne à une action en faveur du climat, en fonction de son efficacité à réduire le CO2. Par exemple, si la valeur est de 250€/tonne de CO2, toute action permettant de réduire les émissions ayant un coût inférieur à cette valeur doit être entreprise.

Ces travaux concluent à la non-soutenabilité des trajectoires économiques actuelles, mais à la possibilité, en accentuant très fortement les efforts de décarbonation, de revenir sur un sentier économique compatible avec l’accord de Paris.

En explorant des nouveaux indicateurs de soutenabilité climatique, ils permettent d’identifier des pistes pour le développement d’une comptabilité économique environnementale et se placent ainsi au cœur des enjeux d’avenir de la statistique publique.

POUR EN SAVOIR PLUS

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