Étudier le fonctionnement de l’économie française

Étudier le fonctionnement de l’économie c’est faire parler les chiffres au-delà d’une description factuelle de la situation économique. Producteur de données essentielles de la comptabilité nationale, l’Insee met au point des outils et mobilise des méthodes qui permettent de tirer au mieux parti de cette connaissance.
En 2019, l’institut a ainsi ajouté un nouveau modèle à la liste des modèles macroéconomiques dont il disposait déjà, le modèle AVIONIC.
Il permet de simuler les effets sur la production d’une variation de la demande finale, de modéliser les contenus de cette demande finale en importations et de simuler l’effet de chocs exogènes sur le prix des intrants. Il s’appuie sur le tableau des entrées et sorties produit par les comptables nationaux. Il a permis d’éclairer la question du « made in France » sous l’angle de la consommation finale des ménages. L’institut montre aussi dans quelle mesure les échanges commerciaux entre anciens et nouveaux pays membres de l’Union européenne se sont intensifiés en 20 ans.
L’institut propose aussi une étude de l’évolution de la productivité en France de 2000 à 2015. L’histoire n’est pas la même dans tous les secteurs d’activité tout comme les mécanismes qui expliquent les évolutions.
Enfin, l’Insee a continué à contribuer aux travaux d’analyse d’impact des politiques publiques avec des études relatives au CICE, à l’hôpital public, au crédit d’impôt innovation…

Diagnostic de la productivité en France de 2000 à 2015

La productivité du travail, définie comme le rapport entre la valeur ajoutée d’une activité économique et la quantité de travail utilisée pour cette activité, est une mesure de l’efficacité productive. Elle reflète le niveau technologique d’une économie. En France, la productivité du travail des branches marchandes ralentit depuis le début des années 1980, passant d’un rythme de 2,6 % par an en moyenne dans les années 1980 puis 1,9 % dans les années 1990 à 1,2 % dans les années 2000 jusqu’à la crise financière de 2008 et 0,8 % depuis 2010, après avoir même baissé de 0,3 % par an entre 2008 et 2010. La hausse de la dispersion des productivités entre les entreprises a fréquemment été mise en avant par la littérature économique pour expliquer ce ralentissement généralisé. Pourtant, l’évolution de la dispersion des productivités dans le cas français n’est ni homogène entre les secteurs, ni semblable dans ses mécanismes.
Trois grands secteurs peuvent être distingués : l’industrie, les services à haute technologie, et les services à basse ou moyenne technologie.
Dans l’industrie, la divergence de la productivité des entreprises est liée à un décrochage au moment de la crise des entreprises les moins productives, dont les gains de productivité étaient fortement soutenus par une intensification capitalistique, et dont la productivité stagne après la crise de 2008.
Dans les services de basse et moyenne technologies qui recouvrent le commerce, le transport, l’hébergement-restauration, la construction, ou encore les activités administratives et de soutien, la divergence est manifeste dans les années 2000. Elle se caractérise par une stagnation de la productivité des entreprises les moins productives, notamment commerciales, pour lesquelles l’emploi a augmenté légèrement plus vite que l’activité.
Enfin, le secteur des services de haute technologie qui comprennent l’audiovisuel, les télécommunications, les activités informatiques, les activités scientifiques et techniques échappe à ce phénomène de divergence. L’hypothèse de creusement des écarts ne s’y applique pas du tout, ce sont les entreprises les moins productives qui enregistrent les gains de productivité les plus élevés, avec une croissance cumulée de +16 %.

Comprendre le fonctionnement de l’économie grâce à une connaissance fine des échanges

Le département des comptes nationaux produit des tableaux de synthèse qui décrivent l’économie nationale. C’est notamment le cas du tableau entrées-sorties (TES) qui analyse chacun des produits de l’économie selon son origine (production nationale ou importations) et sa destination (consommation finale, exportations, investissements). En son cœur, le tableau des échanges intermédiaires identifie les consommations intermédiaires de chaque branche de l’économie en chaque produit de l’économie. C’est donc un outil précieux pour retracer les interrelations au sein de l’économie. De plus, les organismes internationaux ont développé depuis une quinzaine d’années des TES inter-pays en réconciliant les données de commerce extérieur, permettant ainsi d’analyser les chaînes de valeur mondiales.
Pour mieux comprendre les interdépendances et interactions entre tous les maillons de la chaîne l’Insee a développé un modèle baptisé AVIONIC qui permet de valoriser les données aux niveaux fins, et s’adapte aux TES inter-pays développés notamment à l’OCDE ou à Eurostat, actualisant et renouvelant ainsi les outils analogues mobilisés à l’Insee.
AVIONIC permet ainsi de simuler les effets d’une variation de la demande finale sur les ressources de l’économie, de modéliser les contenus de la demande finale en importations, et enfin de simuler un choc exogène sur le prix des intrants.
Sur la base du TES, l’Insee a aussi livré une analyse de la part du coût du travail, direct et indirect, dans le coût de production des biens et services. Le travail indirect est celui qui est incorporé aux consommations intermédiaires. Travail direct et indirect représentent en moyenne la moitié de la production en valeur. Au niveau des bas et moyens salaires (inférieurs à 1,6 Smic), concernés au premier chef par les politiques d’allègements du coût du travail, la part du travail direct et indirect est nettement plus élevée dans les services marchands (notamment dans l’hébergement et la restauration ou l’intérim) que dans les biens manufacturés.
En mobilisant le TES et son modèle AVIONIC, l’Insee a enfin montré que, en 2015, le « made in France » représentait 81 % de la consommation des ménages, mais seulement 36 % de celle des biens manufacturés. La consommation des ménages est davantage « made in France » que l’investissement et les exportations. Enfin, la consommation en « made in France » est plus élevée chez les personnes âgées et les cadres.

L’Insee contribue à l’évaluation des politiques publiques

Plusieurs publications de 2019 ont quantifié les conséquences de différentes politiques publiques : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le crédit d’impôt à l’innovation (CII) et, dans le secteur de la santé, les incitations tarifaires au développement de la chirurgie ambulatoire et la mise en place de la tarification à l’activité (T2A).
Elles exploitent les différences créées par les dispositifs entre différentes populations. Ainsi, le CICE versé aux entreprises dépend de leur nombre de salariés rémunérés moins de 2,5 Smic ; le CII ne peut pas être perçu par toutes les entreprises ; les incitations tarifaires pour la chirurgie ambulatoire n’ont été appliquées qu’à certaines pathologies ; la tarification à l’activité ne s’est pas déployée simultanément et de la même manière dans tous les hôpitaux publics ou aux cliniques privées… Ces différences permettent de définir un groupe traité, auquel la politique s’applique, et un groupe de contrôle, a priori non concerné. La comparaison de l’évolution des groupes traité et de contrôle permet d’évaluer l’impact de cette politique.
En utilisant cette démarche, l’Insee a montré que les entreprises bénéficiant du CII ont vu leur emploi et leur chiffre d’affaires augmenter plus fortement que celles n’en bénéficiant pas. Dans le cas des incitations tarifaires à la chirurgie ambulatoire, une autre étude met en évidence le fait que ces incitations ont des effets pouvant fortement différer en fonction de la date et du contexte dans lesquelles elles sont appliquées.
La mise en œuvre de ces méthodes n’est toutefois pas sans difficulté. L’Insee a notamment mis son expertise au service de l’évaluation des effets du CICE sur l’emploi, en détaillant les raisons pour lesquelles deux équipes de recherche aboutissaient à des résultats différents.
Enfin, la politique menée peut avoir un effet global et affecter le groupe de contrôle, ce qui empêche d’interpréter la différence avec le groupe traité comme résultant de la politique mise en œuvre. Dans le cas de la T2A, l’Insee a traité cette difficulté en recourant à un modèle structurel. Il a permis de montrer que, si la T2A a accru l’activité des hôpitaux publics, elle l’a fait par effet de transfert entre secteur privé et secteur public, sans créer de surcroît global d’actes chirurgicaux.
Ces différentes études illustrent la diversité des méthodes d’évaluation des politiques et des champs auxquels elles s’appliquent.

À lire aussi dans la version intégrale du rapport d’activité 2019 :

  • La géographie des échanges commerciaux de biens au sein de l’Union européenne : en 20 ans, une intensification des échanges entre nouveaux et anciens pays membres
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