Interview : Oliver Garnier

Olivier GARNIER
Directeur général de la direction générale des statistiques, des études et de l’international de la Banque de France

En quoi  l’année 2019 a-t-elle été spéciale pour les conjoncturistes ?

L’année 2019 a été marquée par de nombreuses et fortes incertitudes politiques et économiques : sur le plan international, les incertitudes entourant le calendrier et les modalités du Brexit, le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, les  tensions géopolitiques au Moyen-Orient, et la dégradation des perspectives d’activité chez nos deux principaux partenaires européens, l’Allemagne et l’Italie. Sur le plan national, l’incertitude liée aux effets des mouvements sociaux a marqué le contexte de la fin d’année et les conjoncturistes ont fait face à une forte surprise avec le recul du PIB  au 4e trimestre. Pour autant, en dépit de tous ces aléas, la croissance française 2019 est aujourd’hui estimée à  1,2 %, soit un écart somme toute limité par rapport à la prévision de 1,6% établie en décembre 2018 par la Banque de France.  A titre de comparaison, la prévision de l’Eurosystème pour l’Allemagne pour 2019 est passée de 1,6 % en décembre 2018 à 0,5 % aujourd’hui. 

Bien évidemment, l’année 2020 sera de loin plus « spéciale » puisque le choc du coronavirus ne pouvait être prévu.

 

De quels moyens disposez-vous pour faire face à l’incertitude ?

L’incertitude est une composante inhérente à notre métier. Par exemple, le prix du pétrole, qui constitue une hypothèse clé dans nos prévisions, demeure volatil et soumis à des aléas à la hausse comme à la baisse.

Pour faire face à l’incertitude, nous disposons d’outils nous permettant de quantifier les effets de différents chocs sur l’économie française. Il s’agit généralement de modèles macro-économétriques, à l’instar de FR-BDF, notre nouveau modèle pour la France. Celui-ci est utilisé à la fois pour les exercices de projection à moyen terme et pour l’analyse de scénarios. Établir des scénarios sous différentes hypothèses constitue un moyen de prendre compte les risques pesant sur une prévision, du moins pour les risques qui sont connus.

Il convient néanmoins de souligner que le choc coronavirus, de nature extra-économique,  ne peut être appréhendé par nos modèles standards, et nécessite de recourir à des méthodes tout à fait différentes.

 

Comment l’Insee et la Banque de France collaborent-ils sur les diagnostics conjoncturels ?

Les conjoncturistes de l’Insee et de la Banque de France ont des échanges réguliers et informels, à la fois sur leurs données, leurs outils et leurs analyses. Ces échanges sont facilités par une « culture » commune. Par exemple, le responsable du service de prévision de la Banque  est un ancien du département de la conjoncture  de l’Insee.

Partagez cette page