Observer l’évolution de la société

L’Insee mène un grand nombre d’enquêtes, à l’échelle des ménages ou des individus. Des enquêtes régulières mesurent les changements ou persistances de situations économiques et sociales majeures (revenus et conditions de vie, emploi…) et des enquêtes structurelles, menées tous les cinq à dix ans, se concentrent sur certains comportements ou phénomènes à l’instar de l’enquête Trajectoires et Origines.

L’Insee exploite aussi de nombreux fichiers administratifs pour compléter les données d’enquêtes. Associées à celles issues du recensement de la population, les données issues de fichiers administratifs permettent de disposer de précieuses informations sur la population, les structures familiales, l’emploi, les salaires, la distribution des revenus…

Outre la parution d’études relatives aux sujets soulevés par le mouvement des gilets jaunes, l’année 2019 est marquée par de nombreuses études sur les questions de pauvreté, inégalités, redistribution, l’édition de l’Insee Références « France, portrait social » sur l’évolution de la société française depuis 40 ans, la publication inédite de l’Insee Références « L’économie et la société à l’ère du numérique », la 2e édition de l’enquête Trajectoires et Origines et une mise au point sur la divergence des chiffres du chômage.

Éclairer les questions soulevées par le mouvement des gilets jaunes

Dans le sillage du mouvement des gilets jaunes, l’Insee a réalisé plusieurs études sur certains des motifs de contestation.

Le premier sujet traité a été celui du bien-être des Français qui attribuent une note de satisfaction de 7,2 sur 10 à la vie qu’ils mènent en 2017. L’Insee montre que le niveau de satisfaction dans la vie dépend des conditions matérielles dans lesquelles les personnes vivent, mais aussi de multiples autres facteurs, tels que la santé, l’âge, la situation familiale ou la situation d’emploi pour les actifs. Ce niveau est assez homogène sur le territoire. Les habitants des communes rurales seraient donc aussi heureux que les Parisiens.

En février, l’Insee s’est intéressé au mode de transport principal des Français pour se rendre au travail : c’est la voiture qui a la faveur de sept salariés sur dix. Mais le mode de déplacement varie selon le lieu de résidence. Les transports en commun supplantent ainsi la voiture à Paris, dans sa petite couronne et à Lyon.

Les hautes rémunérations dans la fonction publique ont fait l’objet d’une publication en février. On y apprend que le salaire mensuel net moyen du 1 % des hauts fonctionnaires les mieux rémunérés en France s’élève à 7 850 €. Il apparaît aussi que plus de la moitié des postes les plus rémunérateurs sont situés dans les hôpitaux.

En mars, l’Insee s’intéresse aux conséquences de la bascule des cotisations sociales vers la CSG et du renchérissement des produits pétroliers, qui ont affecté le pouvoir d’achat des ménages entre janvier et octobre 2018. Les ménages en emploi en ressortent légèrement gagnants alors que les ménages retraités sont perdants : le niveau de vie des retraités a baissé de 2 % en octobre 2018, soit une diminution de revenu de 39 € par mois.

En avril, dans « Le logement dans l’indice des prix à la consommation », l’Insee fait ressortir qu’en France, les loyers ont augmenté davantage que l’inflation en moyenne sur ces vingt dernières années. D’autre part, le taux d’effort en logement des ménages a augmenté depuis 2001.

Inégalités, pauvreté, redistribution

Les questions d’inégalités, de pauvreté et de redistribution sont au cœur de nombreuses publications.

Sur le sujet de la pauvreté, l’Insee s’est intéressé à la situation de la France en Europe via deux approches : la pauvreté monétaire et la privation matérielle et sociale. La première, fondée sur le revenu du ménage, est définie de manière relative : le seuil de pauvreté dépend du niveau de richesse du pays. La seconde repose sur les conditions de vie et établit un même seuil pour tous les pays. Les personnes identifiées par ces deux approches de la pauvreté ne sont pas les mêmes, et cela a un impact sur les comparaisons entre pays de l’Union européenne (UE). Ainsi, en 2016, 12,7 % de la population française et 15,7 % de la population de l’UE sont en situation de privation matérielle et sociale. La pauvreté monétaire, elle, touche 13,6 % des Français et 17,3 % des Européens. La France a un des plus faibles taux de pauvreté monétaire de l’UE et un taux de privation matérielle et sociale médian.

L’Insee étudie aussi l’impact des prestations sociales et des impôts sur les revenus des ménages et les inégalités de niveau de vie. Il a ainsi constaté qu’une hausse de la TVA augmente légèrement les inégalités de niveau de vie et la pauvreté à l’horizon de 3 ans. Il a également simulé plusieurs variations de prestations sociales et prélèvements directs pour voir leur potentiel impact. Il estime par exemple qu’une hausse de 5 % du montant forfaitaire du RSA par rapport à la législation 2017 diminuerait le taux de pauvreté de 0,2 point et l’intensité de la pauvreté de 0,8 point ou qu’une progression de 5 % des tranches de l’impôt sur le revenu exonérerait un million de ménages mais augmenterait légèrement les inégalités.

En matière d’inégalités, l’Insee éclaire aussi les conditions de logement pour constater que de façon ponctuelle, au moins une année en 2014 ou en 2017, près de trois personnes sur dix sont confrontées à des difficultés de logement, dues à l’inconfort ou au surpeuplement. Pour un habitant sur dix, ces difficultés persistent plusieurs années durant.

Inégalités femmes / hommes : quelle évolution ?

L’édition 2019 de « France, portrait social » fait le point sur l’évolution de la société française depuis 40 ans.

On y apprend notamment que de 1977 à 2015, la mobilité sociale des hommes est restée quasi stable tandis que celle des femmes a progressé : en 2015 comme en 1977, près des deux tiers des hommes appartiennent à une autre catégorie socioprofessionnelle que celle de leur père ; la mobilité des femmes a quant à elle progressé de 12 points par rapport à leur mère (71 % en 2015) et de 6 points par rapport à leur père (70 %). En outre, les destinées sociales des femmes salariées se rapprochent nettement de celles des hommes : lorsque la mère est employée ou ouvrière non qualifiée, la proportion de femmes devenues cadres ou professions intermédiaires est ainsi passée de 11 % en 1977 à 30 % en 2015.

Dans une autre étude publiée en octobre 2019, l’Insee montre aussi que les femmes enregistrent une perte de revenu salarial avec l’arrivée d’un enfant contrairement aux hommes. Leur salaire horaire diminue d’environ 5 % par enfant, une baisse qui persiste pendant au moins cinq ans après la naissance.

À lire aussi dans la version intégrale du rapport d’activité 2019 :

  • L’économie et la société à l’ère du numérique
  • Les chiffres du chômage : de quoi parle-t-on ?
  • Lancement de la 2e édition de l’enquête Trajectoires et Origines
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